La réponse suit l'article.
Le franc CFA a permis de construire un début d’intégration des économies des pays d’Afrique francophone d’Afrique et a constitué, pendant longtemps, un rempart face aux turbulences de plusieurs
monnaies instables des pays limitrophes. Il avait un taux de parité fixe avec le franc français depuis la création de la zone monétaire, bien avant les indépendances. Après la dévaluation du
franc CFA, par rapport au franc français le 11 janvier 1994, qui a eu pour effet mécanique la multiplication par deux des prix des produits étrangers dans la zone monétaire, on a d’abord cru que
les gens allaient se détourner des denrées importées, devenues trop chères et se rabattre sur les produits de substitution locaux. Malheureusement, la plupart des productions importées n’ont pas
toujours des équivalences locales. Les consommateurs ont donc marqué une pause, puis ils se sont vite remis à leurs habitudes. Ils importent au moins, au double des prix qu’on avait avant la
dévaluation. Pour cela, on puise partout où on peut trouver de l’argent. On vide son épargne, on achète au prix fort des produits souvent de mauvaise qualité. L’Afrique francophone est devenue un
débouché pour certaines poubelles d’Europe et d’Asie, encore appelées « produits d’occasion ». Une majorité de la population ayant perdu au moins 50% de son pouvoir d’achat ne peut plus acheter
des objets neufs importés d’Europe. Elle se contente des « occasions ».
Avant la dévaluation du franc CFA, les populations des pays de la zone franc avaient, malgré leurs difficultés budgétaires, maintenu un niveau de vie et un pouvoir d’achat au dessus de la moyenne
africaine. Après cette dévaluation, les commerçants francophones, à cause de la faiblesse de leur pouvoir d’achat, ont trouvé de nouveaux partenaires d’affaires hors de la zone à Dubaï, Istanbul
ou Hong-Kong. Sur le plan commercial, la dévaluation du franc CFA a été une balle que les pays francophones se sont tirés dans le pied. Les « chasses gardées » économiques francophones ont
explosé. De nouveaux pays fournisseurs se sont engouffrés dans la brèche ouverte. Leurs produits ne sont pas toujours d’excellente qualité. Mais, les consommateurs sont devenus tellement pauvres
que leur parler de qualité frise la provocation. Il n’est donc pas surprenant que le gros lot des émigrés clandestins qui habituellement se donnent la mort en prenant d’assaut les murs espagnols
de Ceuta et Mélina, soient majoritairement originaires des pays francophones d’Afrique à CFA dévalué.
La dévaluation du franc CFA, associée à un programme d’austérité budgétaire, avait pour but de développer les exportations et de réduire les importations pour rétablir les équilibres du commerce
extérieur et ceux de la balance des paiements, ce qui devrait permettre au compte des opérations de chaque pays au Trésor français d’être plus fourni. On s’attendait à ce que les produits
exportables deviennent moins chers sur le marché international. Ce qui aurait poussé les éventuels clients à augmenter les commandes dans la zone CFA. Les importations devenant plus chères, les
consommateurs intérieurs s’en détourneraient pour s’intéresser aux productions locales, devenues moins chères du fait de la faiblesse de la monnaie.
En réalité, toutes ces théories relevaient de l’imagination de certains économistes. Car les schémas prévus n’ont pas été réalisés. La dévaluation n’a pas eu d’effet positif significatif sur les
prix du cacao ou de café, qui sont fixés à Londres dans une autre monnaie que le franc CFA. Elle aurait eu un effet positif si c’est le cultivateur de Mbalmayo ou de Lomé, qui fixait le prix de
son cacao en franc CFA et informait les opérateurs de Londres. Malheureusement, ce n’est pas le cas. Les prix des matières premières sont toujours fixés en occident, la plupart du temps dans des
monnaies autres que l’EURO. Les intermédiaires locaux et étrangers encaissent leur part et ne laissent que les restes au cultivateur. Ce dernier, survient difficilement en fin de compte, à ses
besoins élémentaires par les revenus de sa production. Selon la World Development Indicators 2005, le cours mondial de cacao est passé de 2,40 dollars par kilogramme en 1970 à 1,47 dollars en
2004. Dans la même période, le cours du café robusta est passé de 3,30 dollars le kilogramme à 0,75 dollars.
La dévaluation du franc CFA a fait chuter mécaniquement le pouvoir d’achat des consommateurs de produits importés. Au lieu que ceux-ci se détournent des ces produits devenus trop chers, ils
continuent à suivre les habitudes qu’ils avaient avant la dévaluation de la monnaie, malgré le prix à payer. Les mœurs, les habitudes de consommation et les styles de vie se sont aussi
mondialisés. La faiblesse du pouvoir d’achat des consommateurs rend la saturation des secteurs commerciaux fréquente et freine le déblocage des financements pour la distribution où les faillites
sont courantes. Par prudence, les banques préfèrent financer au compte goutte, et garder leur structure bien liquide. C’est ce qui justifie la surliquidité qu’on a dans la plupart des banques de
la zone. Les banques ont de la peine à trouver de nouveaux projets bancables autres que ceux du secteur commercial lié aux importations. En ce qui concerne les importations, selon les
statistiques du World Developpment Indicators 2003, elles continuent d’être supérieures aux exportations en monnaie constante. Les prix des produits importés continuent d’augmenter. On n’importe
pas parce qu’on veut. On importe pour survivre. Les nouveaux besoins se créent avec la globalisation des styles de vie et de consommation. Combien de dévaluations du franc CFA seront alors
nécessaires à ceux qui croient pouvoir résoudre les problèmes d’insuffisance de productivité et de compétitivité interne par la dépréciation du CFA ?
Les solutions
Les pays de la zone devraient demander des réajustements à la hausse de leur monnaie, afin de compenser les pertes dues à la précédente dévaluation qui avait accéléré le phénomène de la
détérioration des termes de l’échange, et l’amplifient en permanence d’au moins 50%. Pour un pays qui exporte des matières brutes pour importer des produits finis, avec les écarts justifiés par
les marges logiques sur les coûts des achats, constitués par la différence entre le prix du produit fini et le coût de la matière y relative, on ne peut que s’attendre à des écarts plus
importants lorsque survient une dévaluation de la monnaie du pays exportateur de la matière par rapport à celle du pays importateur. Il convient de remarquer que la parité fixe du franc CFA par
rapport à l’euro, fait que toute dévaluation du franc CFA par rapport à l’euro, devient pratiquement une dévaluation du franc CFA par rapport à toutes les monnaies du monde. Le CFA n’est pas
convertible en une autre monnaie sans qu’au préalable on ne l’ait transformé en euro. La dévaluation du franc CFA a donc accéléré la détérioration du pouvoir d’achat des Etats et des populations.
Les pays concernés sont dans l’obligation d’importer des produits pharmaceutiques nécessaires à leur survie, des produits manufacturés pour combler les insuffisances des productions internes, le
savoir-faire des assistantes techniques et les produits alimentaires qui compensent les déficits des productions locales, etc. La réduction de 50% de la parité de cette monnaie, a rendu les
améliorations de niveau de vie plus difficiles à réaliser qu’auparavant. Les analystes qui ont soutenu cette mesure, ont cru au relèvement des exportations des produits de base, à la diminution
des importations dont les prix élevés favoriseraient les produits locaux, et à l’afflux des investisseurs étrangers dans les secteurs d’exportation. Les taux de croissance des PIB, dix ans après
cette dévaluation de l’ordre de 3%, comparés au taux de croissance démographique de 3% et l’augmentation des valeurs des importations qui continuent d’être supérieures à celles des exportations,
permettent de croire que les politiques d’ajustement structurel, les réformes intérieures des économies et la réduction de la dette extérieure, auraient pu permettre d’atteindre des résultats
similaires, avec en prime, un pouvoir d’achat plus compétitif à l’extérieur du continent.
La plupart des économistes ayant soutenu la mesure, ne tiennent pas compte de l’impact du coût des infrastructures (routes, chemin de fer, barrages hydroélectriques, etc.) qui sont réalisés par
des sociétés étrangères avec les savoir-faire, la main-d’œuvre extérieure et qui sont payés en monnaie locale transférable immédiatement à l’étranger. La réalisation de ces infrastructures
incontournables, fonctionne comme une véritable pompe à aspirer les maigres budgets des Etats vers l’étranger, sans que les sommes concernées aient pu participer à la stimulation de l’activité
économique interne qui est l’un des rôles principaux du budget d’un pays. Dans ce contexte, les membres de la zone franc, les pays propriétaires de l’euro et la France, devraient se remettre
autour d’une table pour fixer de nouvelles règles de gestion de leur monnaie commune. Les Africains devraient s’engager, sur un taux de déficit budgétaire et d’endettement à ne pas dépasser, sur
des réformes structurelles de leurs économies et sur un plafond de découvert en devise dans le compte des opérations au Trésor français. En contrepartie, les pays membres de l’euro s’engageraient
à réajuster progressivement, par des réévaluations périodiques et successives le franc CFA pour atteindre, à moyen terme, le seuil de 1 euro = 325 FCFA. Ce qui reviendrait à rétablir les valeurs
qui existaient avant la dévaluation précédente. Cette solution aurait réduit la détérioration des termes des échanges, par effet mécanique d’au moins 50%. Elle aurait permis aux Africains
concernés d’importer des équipements neufs pour les industries à naître. Depuis la dévaluation du franc CFA, ceux-ci se sont spécialisés dans les importations de produits d’occasion d’Europe et
d’Asie. On décharge à grand frais, aux ports de Douala, d’Abidjan, Cotonou ou de Pointe Noire, des réfrigérateurs, des ordinateurs, des pneus et des véhicules dans un état discutable. Une bonne
partie de l’épargne africaine sert ainsi à importer une véritable ferraille qui transite, à grand frais, par les ports africains avant de se retrouver assez rapidement à la poubelle.
Prétendre réajuster la parité monétaire vers le bas ou pratiquer une politique de dépréciation monétaire, avec pour objectif de stimuler les exportations et la production intérieure, n’est
soutenable que lorsque les valeurs des exportations des produits manufacturés (qui ne subissent pas la détérioration des termes des échanges) sont supérieures aux valeurs des importations des
produits finis, en monnaie constante, et qu’ensuite, aux valeurs des importations on ajoute les coûts des infrastructures, pour savoir ce qu’on en tire en définitive. En réalité, les valeurs des
importations sont habituellement supérieures à celles des exportations (hors produits miniers dont les prix ne sont libellés ni en EURO ni en franc CFA). Une monnaie faible a toutes les chances
de conduire à des endettements à long terme gagés sur la matière première, car la détérioration des termes des échanges ne permettrait pas aux revenus des exportations de financer les
importations et les infrastructures. Dans le cas où un accord du type se celui décrit ci-dessus ne peut pas être conclu, il est souhaitable d’obtenir, tout au moins pour l’Afrique centrale, un
décrochage de sa monnaie par rapport à l’euro à parité fixe. On peut alors construire une zone BEAC avec une monnaie à parité flexible avec plusieurs monnaies telles que le dollar américain,
l’euro et le yen.
Le cas des pays de la CEMAC
Presque tous les pays de la zone BEAC sont devenus des producteurs de pétrole. Ces pays, malgré de grosses recettes, vont continuer à disposer de faibles pouvoirs d’achat à l’extérieur, dans le
cadre de la parité actuelle. Ce sont des pays dont les besoins en infrastructures sont immenses. Ces infrastructures incontournables, représentent des fortes sommes qui ne vont pas manquer de se
retrouver d’une manière ou d’une autre, dans les banques occidentales. Les sociétés étrangères qui les réalisent, seront toujours payées en monnaie locale qu’elles transfèreront, le lendemain,
hors de la zone CFA. Ce qui les conduirait à se vider des moyens à consacrer aux opérations de développement endogène.
Un exemple concret
Selon l’ARGUS, le prix hors TVA en France, d’une voiture de marque Peugeot, genre 407, de puissance 11 chevaux, essence, au mois de juillet 2006, est de 22 810 euros. Au taux actuel de 1 euro =
655,9 francs CFA, ce prix est de 22810 x 655,9 = 14 961 079 francs CFA. Au taux d’avant la dévaluation du franc CFA, soit 1 euro = 50% de 655,9 CFA ce prix serait de 2281O X 327,95 = 7 480 539
francs CFA. La perte due à la dévaluation du CFA sur chaque véhicule de ce modèle importé est de 14 961 079 – 7 480 539 = 7 480 540 francs CFA. Cela veut dire que chaque véhicule importé d’Europe
depuis la dévaluation du CFA coûte le prix de 2 véhicules au coût d’avant cette dévaluation. En réalité, presque tout ce que les Africains importent (moteurs, machines, locomotives, camions,
infrastructures, produits alimentaires, médicaments) à destination de la zone CFA, s’achète au prix de deux unités pour n’en recevoir qu’une. Il s’agit d’un surcoût permanent et obligatoire pour
tous les citoyens de la zone à CFA. Il découle uniquement de la fixité de la parité de l’euro par rapport au franc CFA. Il n’y a aucune possibilité de raffermissement du CFA par rapport à l’euro
depuis ladite dévaluation. Dans un tel cas, les meilleures performances enregistrées dans la gestion des économies d’Afrique francophone ne peuvent pas conduire à un réajustement automatique de
la parité du franc CFA par rapport à l’euro. Or, l’Afrique est le lieu où les besoins en produits importés de toutes sortes sont gigantesques. De ce fait, tant que les Africains et leurs alliés
européens ne peuvent pas trouver une solution à ce problème monétaire, l’Afrique francophone souffrira encore pendant longtemps du poids de la dernière dévaluation du franc Cfa sur son économie.
La dévaluation du franc CFA a amplifié d’au moins 50% le phénomène d’extraversion des liquidités de la zone franc vers les pays étrangers. Sur le plan social, le pouvoir d’achat des citoyens a
été lourdement et directement affecté. Les africains, par la globalisation des styles de vie aspirent à vivre comme les autres citoyens du village planétaire. Le salaire moyen d’un haut cadre
africain est approximativement de 150 000 francs CFA. En général, la moitié de ce montant, 75 000 FCFA, est affecté au paiement du loyer. L’alimentation de la famille prend à peu près 50 000
FCFA. Il lui reste 25 000 FCFA qui pourraient être destinés au transport et aux loisirs.
Dans la société africaine, c’est ce haut cadre qui est censé rouler en voiture. Il va donc tenter de grignoter sur ses dépenses d’alimentation pour essayer de faire passer les disponibilités
réservées au transport de 25 000 à 50 000 FCFA. Il se nourrit mal pour espérer un jour rouler en voiture. S’il choisit de s’offrir une voiture similaire à celle que nous avons décrite plus haut,
il devrait pouvoir trouver la somme approximative de 22 645 510 FCFA, qui se justifie par :
Prix ht Europe> 14 961 079
transport> 500 000
> Total1> 15 461079
> Droit de douane 40%> 6 184 431
> autres> 1.000.000
> Total2> 22 645 510
Grâce à ses disponibilités mensuelles de 50 000 FCFA, il lui faut 453 mois d’économies pour acheter la voiture. Il mettrait alors 38 ans à faire des économies, sans être malade, pour s’acheter
une voiture neuve. En supposant qu’il a commencé à travailler à l’âge de 30 ans, il peut espérer avoir sa voiture à 68 ans. La retraite étant habituellement admise à l’âge de 55 ans, quel
organisme de crédit pourrait lui avancer la somme dont il a besoin ?
> Joseph Kuiekem, auteur de Immigration : le temps des solutions au Sud, Diahelnia,1985
>
Réponse critique de Michel KALIFE, B.P. 22, Lomé - TOGO
adresse Email= Michel Kalife <loeildecain@yahoo.fr>
Je trouve que Joseph Kuiekem vit loin des réalités sociopolitiques africaines et qu'il ne connaît pas bien le monde politique et le monde des affaires dans les pays
africains de la zone Franc.
*Tout d'abord, il faut que l'on sache bien que la décision de dévaluer du Franc CFA en janvier 1994 découle de l'accord des 3 parties suivantes et pour les raisons attenantes:
1- le gouvernement français de Balladur, qui n'avait plus assez de marges pour subventionner les déficits budgétaires africains, plombés par la part de plus de 75% occupée par les traitements de
la fonction publique, ce qui ne laissait pas de marge pour assurer à la fois l'entretien des infrastructures nationales et le remboursement de la dette extérieure que la chute des cours des
matières premières depuis 1986 ne pouvait plus faire supporter par les surplus d'exportation;
2- la Banque Mondiale et le FMI exigeaient cette dévaluation pour comprimer les importations et permettre de cette façon un rééquilibrage de la balance commerciale extérieure devenue déficitaire
et aggravée par le manque d'IDE(Investissements Directs Etrangers) constatés depuis plusieuyrs années dans la zone FCFA;
3- les chefs d'Etat africains de la zone FCFA ont été amenés à accepter cette dévaluation pour 3 raisons principales: d'abord, la France leur effaçait 2500 milliards FCFA de créances de l'AFD sur
les Etats africains de la zone Franc; ensuite,le FMI et la Banque mondiale feraient en sorte que les Etats africains ne soient pas déclarés en état de cessation de paiement et négocieraient le
rachat de leurs dettes pressantes auprès de leurs créanciers à moitié prix ou plus, de façon à alléger leurs dettes extérieures que les Etats rembourseraient directement au FMI et à la BM, et en
outre, la charge de paiement des salaires de la fonction publique et de remboursement de la dette intérieure s'en trouverait divisée réellement par deux par effet mécanique de cette dévaluation
de 50%, alors que les recettes budgétaires sur les importations/exportations se trouveraient multipliées par deux, de telle sorte que la part des salaires dans le budget de l'Etat tomberait de
75% à 40%(en y ajoutant une revalorisation prévisible de 5% des salaires suite aux revendications à venir des syndicats), ce qui laissait une marge suffisante pour le Budget d'Etat pour
rembourser la dette extérieure et pour entretenir les infrastructures et même pouvoir réaliser des investissements publics à nouveau!
*Ensuite, il ne faut pas prendre l'exemple du cadre gagnant 150.000 FCFA par mois qui achèterait une voiture neuve à 22,6 millions FCFA maintenant au lieu de 11,3 millions FCFA avant la
dévaluation de 50%, car cet exemple n'est pas vrai ni réaliste. Il faut savoir que c'est plutôt le cadre qui gagnait 500.000FCFA mensuels en 1993 qui pouvait s'acheter cette voiture neuve à 11,3
millions FCFA à l'époque, mais qu'à présent, ce même cadre a dû reporter son choix sur une voiture d'occasion qui ne lui coûte que 1,5 à 3 millions FCFA, parce qu'il doit épargner pour payer plus
cher son loyer qui a plus que doublé, ainsi que la nourriture de sa famille qui a triplé du fait qu'il n'y a pas eu de mesures d'accompagnement de la dévaluation de la part du gouvernement, qui
non seulement ne comprenait rien au phénomène de la dévaluation(qui ne s'était jamais produit depuis la création du FCFA en 1948!!!)mais qui était soumis au diktat du FMI lui imposant de lever
tout contrôle des prix en vue d'amener les Etats africains de la zone Franc sur le chemin de la Mondialisation, avec l'OMC qui était en voie de mise en place. Et j'ajouterai que les
ressortissants de la zone FCFA ont dû reporter leurs choix de consommations des produits importés principalement sur les biens asiatiques qui étaient beaucoup moins chers, ce qui leur a même
permis d'améliorer leur pouvoir d'achat en quelque sorte, sauf en qualité des produits et en durabilité des équipements achetés en "occasion" ou neufs d'origine chinoise.
*puis, il faut voir qu'aucune mesure de réforme fiscale pour attirer les investisseurs, tant étrangers que nationaux, n'a été entreprise. Comment voulez vous que l'on investisse en Afrique en
payant beaucoup plus d'impôts qu'en Europe ou en Asie?
* De plus, comment peut on attirer des investisseurs sérieux, non maffieux comme certains qui prévalent en pays africains en jonglant avec les autorités, lorsque la Justice n'est pas "juste" ni
sereine, la laissant rendre des jugements fallacieux et iniques qui dégoûtent tout opérateur économique sérieux qui va devant les tribunaux? Or, toute activité commerciale et industrielle est
appelée à se rendre devant les tribunaux du travail ou civil ou commercial, au moins une ou plusieurs fois par an, et elle risque fort de perdre tout son capital de façon injuste, par un vicieux
arrêt du Tribunal rendu par des juges malsains et corrompus;
*Encore, quand vous observez finement l'activité économique du pays et que vous constatez que nombre d'opérateurs économiques bien protégés et privilégiés par le pouvoir, opèrent sans payer de
droits de douanes ni de TVA ni les autres impôts et taxes, comment pouvez vous croire que des sociétés sérieuses puissent opérer dans le pays sans tomber en faillite et fuir par la suite, en
diffusant les mauvaises nouvelles sur cet état maffieux du pays?
* Enfin, au lieu de vous fixer toujours sur l'accusation des étrangers, pourquoi ne voyez vous pas que le mal profond de base se trouve parmi nous, notamment dans les autorités publiques qui
dirigent nos Etats et qui détournent les fonds publics qui auraient pu être investis dans la santé publique, dans l'éducation nationale et dans l'assainissement de nos villes et campagnes? Savez
vous que les fonds détournés par nos dirigeants depuis les années 1973, date du boom des matières premières qui enrichirent subitement nos pays d'Afrique en y attirant les "vautours" de
l'extérieur qui sont venus "conseiller" nos Présidents en les intégrant puissamment dans le syndicat maffieux de la « Françafrique », ces fonds-là suffiraient à eux seuls à rembourser
toutes les dettes extérieures et intérieures et nous auraient éviter cette dévaluation de 1994?
Et pour revenir à la question d'actualité de l'article de Joseph Kuiekem, qui souhaite voir le FCFA réévaluer de 100% en doublant son taux de change actuel pour rattraper sa valeur d'échange de
1993, ce serait une bonne chose pour le pouvoir d'achat des consommateurs et donc des salariés, certes, mais encore faut il en évaluer les répercussions suivantes qui risquent de déstabiliser
l'économie actuelle:
1- tout d'abord, le budget de l'Etat s'en retrouverait diminué de presque moitié en FCFA, puisque les recettes douanières, la TVA en, proportion du chiffre d'affaires réalisé et les recettes
d'exportation s'en trouveraient divisés par 2. Mais alors, est ce que l'Etat pourrait continuer à payer les salaires de la fonction publique sans diminuer fortement ses dépenses d'entretien des
infrastructures et d'équipement des écoles et des centres de santé ? ??
2- Est ce que nos industries pourraient encore exporter ou tenir tête à la concurrence extérieure, du fait que nos prix intérieurs devront doubler en valeur de change vis-à-vis de l’extérieur?
3- Est ce que cela ne va éliminer toute possibilité future de s'industrialiser, du fait que nos coûts ne seront plus compétitifs? Ne serions nous pas réduits à devenir de purs consommateurs de
produits importés, reposant notre pouvoir d'achat sur les revenus pétroliers qui sont appelés, un jour, à disparaître? Et encore ! , à condition que les revenus pétroliers ne soient plus
détournés, comme c'est le cas jusqu'ici, sans relâche depuis plus de 30 ans!
Le mieux, à mon avis, c'est que d'abord l'Etat de droit soit instauré pour regagner la confiance des investisseurs extérieurs et nationaux, qui seraient alors très nombreux à venir investir dans
nos pays africains qui recèlent les ressources les plus riches du monde; ensuite, il faudrait une grande politique d'éducation nationale et de formation professionnelle adaptée à ces nouveaux
besoins des investisseurs; enfin, une grande politique sécuritaire qui fasse revenir le tourisme en Afrique, ce qui pourrait procurer une augmentation de 20% de la richesse nationale grâce au
tourisme, qui génèrera en plus beaucoup d'emplois. L'Afrique devrait devenir l’une des premières destinations touristiques du monde, car nous avons une richesse culturelle énorme, nos diverses
coutumes traditionnelles, qui pourraient attirer énormément de gens ayant soif de connaissance de ce qui existe et qu'ils ne connaissent pas encore, d'autant plus que l'Africain parle couramment
toujours l'une des 3 langues internationales les plus usitées: anglais, espagnol, français, pour pouvoir bien les accueillir.
Je m'arrête car je suis fatigué: vous pourrez m'interroger en m'écrivant sur :
Michel Kalife <loeildecain@yahoo.fr>
NMK
Paris 5.01.2008
Peut-on réévaluer le franc CFA dans la CEMAC ?