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Forum :
Animatrice
L’Arche de Zoé, dérive unique ou produit d’un système ?:
Mme Françoise JEANSON – Ancienne Présidente de Médecins du Monde
Intervenants
M. Rony BRAUMAN – Ancien Président de Médecins sans Frontières, professeur associé à l’IEP Paris
M. Michel GALY – Sociologue, revue Cultures et conflits
M. Pierre GANZ – Rédacteur en chef à Radio France Internationale
Joseph DATO – Membre du conseil d’administration de Médecins du Monde
M. Pierre MICHELETTI – Président de Médecins du Monde
M. Jean-Pierre NGOUPANDE – Ancien Premier ministre de la République centrafricaine
Invités
M. Bruno DAVID – Président de Communication sans frontières
Mme Blandine DESTREMAU – Chercheuse au CNRS
M. Bernard GRANJON – Ancien président de Médecins du Monde
M. Frédéric TISSOT – Médecin de Santé publique
Ouverture du forum
Joseph DATO
Jean-Pierre NGOUPANDE
Le Continent noir est à un tournant. Si des zones de troubles persistent, certains pays savent profiter de la mondialisation pour se développer. Ainsi, l’Afrique connaît un taux de croissance supérieur à 5 % depuis plusieurs années, voire proche de 10 % dans certains pays, battant ainsi en brèche l’idée selon laquelle l’Afrique serait une terre maudite. Les Africains sont d’ailleurs les premiers à s’investir dans l’aide aux malheureux du continent.
Contrairement aux sociétés occidentales, dans certaines régions d’Afrique, un enfant sans parents reste membre d’un groupe dont il y aura toujours des membres pour l’accueillir.
En conclusion, J-P NGOUPANDE ne condamne pas les actions humanitaires à la suite de l’affaire de l’Arche de Zoé, mais il tient à ce que l’action humanitaire ait pour cadre une aspiration des Africains au développement.
Françoise JEANSON
Blandine DESTREMEAU
Pour Michel GALY, il est erroné d’aborder le problème par la théologie qui transparaît à travers les notions de bien et de mal. Si le critère de la légalité peut être meilleur pour porter des jugements, les sociétés locales ont souvent une logique – voire une légalité – propre et différente des États concernés, ceux-ci n’ayant souvent qu’un faible pouvoir dans les zones de conflits où interviennent les ONG. Ces États existent tout de même donc les organisations ne doivent pas être tentées d’appliquer une politique des zones « blanches » où il n’y aurait aucun droit à respecter.
Pour juger les actions, la bonne manière consiste à étudier les pratiques des ONG. Il s’agit de savoir si leur connaissance des sociétés africaines est suffisante et si leurs actions ne bouleversent pas les règles locales. Les ONG sont parfois plus puissantes localement que l’État grâce à des technologies et une logistique avancées qui les mettent en décalage permanent avec les sociétés africaines. Il demande donc si, au lieu de cette occidentalisation – néanmoins nécessaire – il ne faut pas que les actions humanitaires cherchent à s’africaniser.
Pour Rony BRAUMAN cette suggestion est inapplicable pour des organisations qui travaillent avec une rotation rapide des personnels. Toutefois, il faut que les ONG procèdent à une réflexion sur leurs pratiques et sur leurs normes et les valeurs qu’elles jugent – souvent à tort – évidentes et universelles.
Concernant les commentaires sur la santé mentale d’Éric BRETEAU, il estime qu’il faut plutôt s’interroger sur la psychologie. En effet, un groupe est souvent le siège d’un conflit de loyauté entre celle due au groupe et à son chef et le respect des valeurs. Or, certains membres de l’association avaient des réserves, mais faisaient ce qui leur était demandé tant que la loyauté vis-à-vis du groupe était la plus forte. Plutôt que de juger la légalité de l’action de l’Arche de Zoé, il serait préférable de mettre en avant l’action humanitaire comme un symbole. ; il estime d’ailleurs que les ONG, notamment MSF et MDM, n’ont pas assez réfléchi à cet aspect pourtant très présent dans leurs actions. Ainsi, à la lumière des évènements, les ONG doivent réfléchir à un rejet des actions symboliques.
Revenant sur la notion de légalité, Pierre MICHELETTI rappelle que les ONG MDM et MSF sont des associations fonctionnant sous le régime de la Loi 1901. Elles sont ainsi nées pendant les trente glorieuses, période de domination économique et politique de l’Europe, et elles reproduisent donc le modèle dont elles sont issues. MDM mène principalement deux types d’actions : elle prodigue d’une part des soins grâce à des compétences médicales et tente d’autre part d’être un outil de construction social dans certains pays, dont la France, en agissant en faveur de la réduction des risques. Prenant l’exemple de l’aide aux toxicomanes, Pierre. MICHELETTI admet que les ONG peuvent un temps agir dans l’illégalité, mais l’aide concrète ainsi apportée va aboutir à des évolutions de la législation pour rendre légales certaines pratiques, c’est ce qui les fait jouer un rôle dans la société.
En intervenant dans d’autres pays, ce type d’ONG exporte deux mécanismes : un modèle biomédical et un modèle de fonctionnement sociétal dont elles sont issues. L’affaire de l’Arche de Zoé est l’illustration de la difficulté de la transposition du modèle sociétal et de déplacement de la limite entre la légalité et l’illégalité.
Ainsi, la situation de l’Afghanistan est complexe, mais il existe aujourd’hui un gouvernement. La tâche des humanitaires reste la même. Il s’agit notamment d’aider les toxicomanes en introduisant, comme en France, des méthodes innovantes de prévention ou de substitution.
En revanche, dans d’autres régions où l’État est inexistant, voire hostile, il est difficile d’envisager de faire évoluer la législation. Donc, le problème des ONG est de savoir quel corpus juridique appliquer. Deux situations peuvent alors se présenter : l’application du droit international qui offre un cadre assez consensuel, en particulier dans les zones de conflits, ou la prévalence des droits de l’Homme, entité juridique plus universelle, mais plus floue. L’application de la notion de droits de l’Homme, fortement marquée par son origine culturelle et politique, crée parfois des tensions avec les pratiques locales.
Michel GALY
Pour Françoise JEANSON, cela repose sur la question du travail des anthropologues avec les organisations humanitaires.
Blandine DESTREMEAU
Pour Rony BRAUMAN dans l’affaire de l’Arche de Zoé, des personnes ont enfreint des règles, parce qu’elles avaient un point de vue général sur un génocide, mais aucune connaissance des structures des groupes sociaux. C’est la différence entre l’image perçue du conflit en France et la gestion concrète de la crise qui a permis à l’Arche de Zoé de mener ses actions en se relevant de l’humanitaire. Cela montre qu’il y a une forme d’action humanitaire qui relève du délire, le problème n’étant plus là la connaissance des sociétés locales, mais plutôt l’idée que les membres de l’association se font de l’action d’une ONG.
Selon Michel LEVALLOIS, membre du conseil d’administration d’ENDA Tiers-monde et fondateur de l’association « Coordination pour l’Afrique de demain », l’affaire de l’Arche de Zoé est emblématique du problème des représentations de l’Afrique en Europe. L’opération incriminée s’est déroulée en Afrique noire. L’image de cette région d’Afrique est empreinte par l’héritage colonial qui véhicule chez les Français un sentiment de supériorité qui a permis la naissance d’une telle opération qui n’aurait pas pu se dérouler en Asie ou en Amérique latine.
Les ONG interviennent souvent en ignorant les réalités du terrain avec l’unique souci de l’efficacité financière et technique. L’affaire de l’Arche de Zoé est le produit d’un système et de représentations de l’Afrique héritées de l’époque coloniale.
J-P NGOUPANDE
Concernant la notion de légalité, une participante rappelle que toute ONG intervenant en zone de conflit doit travailler dans le respect du droit international humanitaire, mais doit aussi et surtout respecter le droit du pays concerné. Revenant sur la réponse apportée par Pierre MICHELETTI, elle met en garde contre la notion d’inégalité qui signifierait qu’il existe des causes justes et d’autres injustes. Or, la notion de cause juste peut dériver vers la « guerre juste » au nom de laquelle, il est possible aux États de tomber dans l’illégalité.
Rappelant qu’un débat organisé sur le rôle et l’avenir des ONG dans les conflits avait montré que les organisations humanitaires ainsi que le CICR revendiquaient une indépendance d’action, cette participante trouve normal que des accidents puissent survenir. Elle veut ainsi éviter de confondre les organisations sérieuses et celles, qui, telle l’Arche de Zoé, travaillent de façon désorganisée. Donc, il appartient aux humanitaires de se pencher sur la problématique de la perception du rôle des ONG que peuvent avoir les Africains et Français.
Pour Françoise JEANSON la réflexion sur l’illégalité pose la question de la désobéissance qui est un devoir des ONG qui doivent toutefois rester dans la légalité.
Une pédiatre ayant travaillé au Tchad avec l’Arche de Zoé
, juge quelque peu hypocrites les propos tenus dans ce débat. « 14 millions à 20 millions d’enfants africains traînent dans les rues et se nourrissent dans les poubelles des villes sans que les dirigeants interviennent. Les propos de M. BRAUMAN laissent penser que la vie est facile au Soudan alors qu’il y a toujours des massacres même si leur intensité a diminué, notamment en raison de l’exode de cinq millions de personnes. De plus, celles-ci vont vers des camps où elles subissent des exactions et où des enfants sont enrôlés de force dans les groupes armés. En France, des enfants sont retirés à leurs familles lorsque celles-ci ne peuvent pas en avoir la charge, elle dit souffrir en voyant les conditions de vie des enfants africains. Même si elle admet qu’il puisse y avoir une désapprobation concernant le projet de l’Arche de Zoé d’exfiltrer des enfants du Soudan, elle y adhère toujours. « J’estime que ce sont les Africains qui doivent montrer une image différente de leurs pays. Même un demi-siècle après son indépendance, l’Afrique est toujours colonisée, puisque l’économie de l’Afrique francophone, entre autres, est décidée en Europe. La colonisation continue également au travers de l’action des ONG dont la santé de nombreux Africains dépend à cause de l’inaction des dirigeants locaux ».
Rony BRAUMAN
Il explique qu’il faut utiliser avec prudence la notion de victime, renvoyant ses auditeurs à l’œuvre d’Hannah ARENDT qui a selon lui bien fait le lien entre la pitié et la terreur, la première pouvant entraîner la seconde comme l’a montré la notion de « guerre humanitaire ». « Les actions de l’Arche de Zoé et l’invasion de l’Irak ne sont pas radicalement opposées puisque les deux évènements illustrent la même démesure de la bonté ».
En tant que journaliste, Pierre GANZ met en avant la responsabilité des médias qui culpabilisent les individus en véhiculant certaines images des victimes. « Je pense que cela peut expliquer les dérapages illustrés par l’affaire de l’Arche de Zoé. Les médias ont maintenant un rôle pédagogique à jouer pour changer l’image de l’Afrique et de l’action humanitaire ».
M. GALY
fait remarquer la différence de traitement médiatique du conflit au Darfour et l’absence d’échos à la guerre en RDC où 3 millions à 4 millions de personnes sont mortes dans l’indifférence générale. Concernant les réactions parfois négatives des sociétés locales, il explique que la presse tchadienne, congolaise ou ivoirienne véhicule une image négative des Européens qui est celle de certains membres de l’élite locale. Ainsi, il s’est créé le mythe du « blanc voleur d’enfants » au Tchad et dans d’autres pays, et cet exemple est loin d’être unique. « J’invite les ONG à réfléchir au changement nécessaire de leurs pratiques pour que leur image ne soit plus associée à ce qu’il appelle le « système mondial » contrôlé par l’ONU et les pays du Nord. L’affaire de l’Arche de Zoé permettra de faire avancer cette réflexion ».
Pour tenter de répondre à la question titre du débat, M. MICHELETTI estime que cette affaire constitue une dérive isolée produite par au moins deux systèmes : d’une part, par des actions ayant pour finalité politique de transformer le Darfour en problème emblématique, et d’autre part, par la notion de l’universalisme. Donc, cette dérive isolée, mais pas unique a été produite par deux systèmes ayant en commun une vision ou un objectif politique clair.
Frédéric TISSOT
Michel GALY
Prenant l’exemple d’un débat sur la guerre au Liberia qui a eu lieu à l’EHESS, il indique qu’un chercheur du CNRS a pointé les mutilations physiques pratiquées comme le mal sur la Terre. Pour lui, ce type de jugement empêche toute analyse. En effet, le bien et le mal sont des concepts si larges qu’ils ne peuvent pas servir de support à une réflexion. Faisant référence à Pierre BOURDIEU, il préfère parler des habitudes, parce qu’elles mêlent représentations et réalité.
Revenant sur la notion de représentation, M. NGOUPANDE insiste sur le fait qu’elle ne doit pas prendre le pas sur la réalité. Se défendant de vouloir défendre l’action des dirigeants africains, il explique que la situation des enfants dépeinte par une précédente intervenante est un exemple type de représentation susceptible de fausser le débat. « Ce problème des enfants des rues que connaissent toutes les grandes métropoles d’Afrique est dû à deux phénomènes qui n’ont pas été maîtrisés : un boom démographique sans précédent et un développement extrêmement rapide de l’urbanisation. La réponse n’est pas d’emmener les enfants ailleurs, mais de chercher activement les moyens de développer ces pays de sorte que les Africains puissent trouver eux-mêmes des solutions. L’aide extérieure doit donc consister en un accompagnement et non être une solution. Les Africains doivent se battre pour la paix, le développement et une meilleure gestion et faire partager cette position par les pays occidentaux, parce que l’affaire de l’Arche de Zoé montre bien que beaucoup d’Européens considèrent que le Continent noir est en perdition et que l’aide humanitaire est le seul espoir des Africains ».
Bernard GRANJON,
ancien président de MdM : « Je considère l’Arche de Zoé comme une dérive de différentes forces. D’une part, ses membres ont exercé le sentiment de supériorité des Européens sans poser et se poser des questions sur les besoins des populations locales. D’autre part, cette affaire montre une profonde méconnaissance du Darfour et qu’il s’est avéré que ces enfants étaient majoritairement Tchadiens. Cette action est une dérive de « l’humanitaire spectacle », jugeant ce phénomène néfaste. Ce débat est donc intéressant dans la mesure où il permet aux ONG de procéder à réflexion pour qu’elles évitent de tomber dans ces travers ».
Les entreprises n’étant pas représentées aux côtés des journalistes, des humanitaires, des sociologues et des politiques, Mme JEANSON demande à M. NGOUPANDE si les PME qui s’installent en Afrique n’agissent pas de meilleure façon que les ONG en participant au développement du continent sans avoir les dérives de ces dernières.
M. NGOUPANDE
Rony BRAUMAN :
En ce qui concerne l’Arche de Zoé, c’est un contexte particulier qui est abordé, celui du Darfour, avec le génocide pour toile de fond. Or, le précédent de la guerre déclenchée au Kosovo, qui cherche toujours une justification a posteriori, existe pour montrer que cette situation n’est pas spécifique et ne permet pas tout.
Je n’oublie pas qu’il s’agit d’adoption internationale d’enfants, problématique délicate et difficile souvent éludée, parce qu’il serait scandaleux de s’opposer à la réunion de familles d’accueil et d’orphelins. Or, le problème est beaucoup plus compliqué, et de nombreuses adoptions se font plus ou moins légalement avec des résultats aléatoires. La frénésie d’adoption conduit dans de nombreux pays à une brutalité ignorant les barrières morales et les conséquences psychologiques. Ces pratiques se rencontrent également en Europe centrale, dont certains pays sont devenus de véritables marchés aux enfants. Je ne pense donc pas qu’elles traduisent un état d’esprit colonialiste ».
Pour répondre à l’exemple des enfants retirés à des familles en France, il estime qu’il y a là également un problème et de nombreux abus envers des familles vulnérables auxquelles sont retirés des enfants en dépit de la plus élémentaire morale. Il compare ces abus aux agissements de l’Arche de Zoé, parce que c’est la notion d’enfant-victime qui conduit à ces agissements.
La pédiatre
Geneviève ANDRÉ
, directrice de l’adoption de MDM, explique qu’elle regrette que l’affaire de l’Arche de Zoé ait été instrumentalisée, indiquant que l’adoption n’est jamais une urgence et doit obéir à des règles. « MDM est un intermédiaire en matière d’adoption internationale entre des pays riches et des pays en voie de développement. L’organisation assure cette mission, d’une part pour poser le problème de la circulation des enfants dans le Monde, et d’autre part pour défendre les droits des enfants. Ceux-ci sont au nombre de trois : droit à une famille, à l’accès aux soins et à l’éducation ; et il incombe en premier lieu à leur pays de fournir ce cadre de vie. Ce n’est que si le pays n’assure pas ces droits que les pays d’accueil peuvent intervenir pour organiser des adoptions internationales. Les dérives proviennent du non-respect de ces règles, donc il appartient aux ONG d’imposer des limites et de juguler les demandes des pays riches, et de servir d’intermédiaires dans des pays où l’adoption se justifie tout en respectant la culture et les lois de ces pays.
Si la situation au Darfour reste grave avec des milliers de réfugiés manquant de tout, un membre du CICR rappelle qu’elle est meilleure aujourd’hui que dans les années précédant le déploiement humanitaire qui éprouve toutefois de nombreuses difficultés politiques et logistiques. Cependant, d’autres crises nécessitent un déploiement qui se fait attendre, notamment la province du Kivou, Bagdad, la bande de Gaza ou Mogadiscio.
Concernant le sujet de la communication, Bruno DAVID, Président de Communication sans frontières, constate que le débat a tourné en partie sur la différence de perception des Européens et des Africains de l’action des ONG qui résulte de l’angle de perception ; les premiers perçoivent l’image des ONG à travers l’image renvoyée par les médias, les seconds se représentent les humanitaires à travers leurs actions concrètes. Il se demande s’il n’existe pas chez les ONG une tentation de manipuler l’information à des fins de communication et de séduction des donateurs. Par ailleurs, il demande si les importantes campagnes de sensibilisation sur le Darfour faisant de 400 000 morts engageaient la responsabilité des médias et des émetteurs comme les collectifs « Urgence Darfour » et « Global day for Darfur ». Enfin, remarquant que les médias citent souvent les ONG comme sources de leurs informations, il s’interroge sur la fiabilité de ces sources et sur la nécessité de les citer.
Pierre GANZ :
« Il est nécessaire de dissocier information et communication. Le travail des médias est de décrire la situation sans la juger, même si certains journalistes ont exagéré la gravité de la situation par manque de sérieux dans la répercussion des informations, notamment celles issues des ONG. Cela est dû au manque de temps, de moyens ou de volonté des médias pour faire les vérifications nécessaires. En revanche, une ONG mène non pas des campagnes d’information, mais de communication pour réunir les moyens dont elle a besoin. Cette communication peut déformer l’information réelle ou au moins l’instrumentaliser en la présentant d’une manière qui sert l’objectif de l’organisation. Concernant le cas des journalistes qui ont accompagné l’Arche de Zoé, je ne pense pas que les personnes en question aient eu l’intention de tourner un scénario catastrophe, contrairement à ce que certaines accusations veulent faire croire. »
Pierre MICHELETTI
L’affaire aura eu deux effets positifs ; elle aura conduit les humanitaires à s’interroger sur leurs pratiques et sur leur façon de prendre en compte le cadre légal des pays, et elle aura mis en avant la nécessité impérieuse de véhiculer des informations fiables. »
rejoint M. GANZ au sujet de la manipulation de l’information, si celle-ci consiste non pas à travestir les faits, mais à donner la priorité à certains sujets plutôt qu’à d’autres. « MDM doit régulièrement choisir de traiter telle crise plutôt que telle autre dans ses campagnes de communication. Les ONG médicales disposent de données attendues concernant aussi bien la précarité en France que les missions internationales, donc elles doivent être fiables. Ne pas respecter cette règle remettrait en cause la crédibilité des actions des ONG.M. GALY
Marc GARMIRIAN
a accompagné l’Arche de Zoé. « L’exfiltration d’orphelins du Darfour a d’abord semblé intéressante à ma rédaction en termes journalistiques. Ce n’est qu’une fois sur place que je me suis aperçu du manque d’orthodoxie et de la précipitation de l’opération. Toutefois, je pense que ces personnes, même emprisonnées, sont toujours convaincues d’une certaine logique. Je n’ai pas pensé à arrêter le tournage ou à quitter l’opération, parce que mon rôle est de témoigner, chose qui n’a pas été aisée pendant et après mon séjour au Tchad : si l’opération avait été menée à son terme, l’association aurait pu être félicitée ; seuls les journalistes présents auraient alors pu mettre en lumière le doute sur l’origine des enfants. Le reportage n’a pas été vendu et que les journalistes sont partis sans diffuseur ».
M. GANZ
Concernant les informations issues des ONG, ces organisations sont des sources plus fiables que beaucoup d’autres et que les rédactions utilisent les données communiquées par les ONG auxquelles elles font confiance. Les médias ont appris à distinguer les bonnes sources des mauvaises. Toutefois, il rappelle que ces organisations ne sont que des sources et que les journalistes doivent donc recouper leurs informations.
Isabelle LIGNER
Je ne m’interroge pas tant sur le rôle des journalistes ou des ONG que sur le rôle du collectif « Urgence Darfour » qui a focalisé l’opinion mondiale sur la situation du Darfour, occultant ainsi toutes les crises mettant en cause la politique américaine. La réelle interrogation doit porter sur les manipulations du collectif « Urgence Darfour », sur la timidité des humanitaires et sur l’absence de réaction du gouvernement. Bien que sollicitée, j’ai choisi de ne pas accompagner cette association. »
Plutôt que d’aborder le sujet trop large du bien et du mal, Hugues MAURY, pédiatre du groupe URD, pense que les humanitaires doivent réfléchir à une façon d’éviter d’autres dérives dangereuses. « Je vois deux axes de prévention. Premièrement, le rôle des médias dans la formation du grand public sur la notion de métier liée à l’activité humanitaire, qui n’est pas simplement un engagement émotionnel, mais une activité de professionnels et d’experts. Deuxièmement, faire comprendre que l’action humanitaire ne consiste pas à faire le bien – notion subjective et pas consensuelle –, mais à travailler bien. L’amélioration de ce travail passe par trois axes :
Concernant la méthodologie, M. GALY se demande si d’autres ONG ne font pas preuve du même manque de professionnalisme que l’Arche de Zoé dans leurs activités et si elles ne se laissent pas duper par un certain opportunisme des sociétés locales qui cherchent à capter l’aide internationale.
Bernard GRANJON
: « les ONG sont en partie responsables de l’affaire, parce que l’image qu’elles renvoient d’elles-mêmes est faite pour que le public les considère plus comme des sauveurs que comme des professionnels.
Pour M. NGOUPANDE, l’affaire de l’Arche de Zoé a montré les liens entre gouvernants, médias et organisations humanitaires. « Une leçon de cette affaire est de montrer que le monde humanitaire devrait utiliser les médias dans la mesure du nécessaire et gagnerait à affirmer davantage son indépendance par rapport aux gouvernants. D’ailleurs, les interférences politiques ont causé plus de dégâts que la couverture médiatique dans cette affaire ».
Répondant à l’intervention précédente, Pierre GANZ souhaite que les médias se démarquent à leur tour des humanitaires en se faisant leur propre opinion sur les crises, critiquant ainsi l’approche consistant à s’en remettre exclusivement aux données fournies par les ONG.
Rony BRAUMAN
approuve l’envoi de journalistes avec l’association. « Soupçonner tous les journalistes de rechercher un coup médiatique nuirait fortement à l’information ». Revenant sur la méthodologie et le professionnalisme prônés par M. MAURY, il fait remarquer que cette question ne se pose pas ici : « il ne s’agit pas là d’une erreur professionnelle, mais d’une volonté de faire un « coup », et aucun cadre méthodologique n’aurait permis d’éviter les problèmes ».Il critique l’approche visant à dire qu’il n’y aurait pas eu ces débats si l’opération avait été une réussite. « En 1993 de nombreuses personnes, dont Handicap international et moi-même, s’étaient élevées contre le projet de faire migrer vers la France 1 000 enfants bosniaques. Je suis certain que l’histoire aurait pu se répéter pour critiquer l’Arche de Zoé ».
Pierre
M. BRAUMAN
confirme la nécessité pour les médias de ne pas se fier uniquement aux ONG. « En Grande-Bretagne, une campagne de communication de Save Darfur a été arrêtée par les autorités à cause de l’usage du chiffre de 400 000 morts qui contredisait les évaluations du gouvernement. Il n’est en effet pas anodin de surestimer de 200 000 le nombre de morts de la crise, parce que les ONG ne pourront pas garder leur crédibilité si elles ne respectent pas les faits. Cette façon d’apprécier largement le nombre de victimes au Darfour contraste fortement avec la précision requise lorsqu’il s’agit du massacre perpétré dans le camp de Jénine. Cette attitude des médias est dictée par le degré de sensibilité du sujet. Toutefois, au Royaume-Uni, une instance publique est chargée de veiller au respect des faits dans les médias. »
Geneviève André
Justine PIQUEMAL
Concernant le débat, elle met l’accent sur le pluralisme des compétences nécessaire dans les ONG notamment avec le concours d’anthropologues, d’ethnologues, de médecins et de juristes. « Je ne crois pas que la notion de bien doive caractériser l’action des ONG aujourd’hui. Son action consiste à travailler pour identifier les besoins des populations et à essayer d’y répondre tout en sachant s’abstenir lorsque les connaissances sont insuffisantes ».
Conclusions des invités :
Bruno DAVID
: « L’affaire de l’Arche de Zoé est le produit d’un système, dont l’association est elle-même une victime. Je crains que, à la suite de cette affaire, l’image des humanitaires déjà écornée ne se soit encore dégradée ».
Blandine DESTREMEAU
remarque que la notion d’image a été largement débattue. « Des termes comme « l’Afrique », « les pays » ou « les Africains » nient la complexité sociale du continent ».Par ailleurs, elle n’est pas d’accord avec M. MAURY lorsqu’il considère la notion de bien comme secondaire. En effet, en étant de bons professionnels, les humanitaires font le bien, fondant ainsi leur appréciation de cette notion vague sur le critère objectif qu’est le professionnalisme.
Toutefois, concernant la responsabilité morale, il lui semble fondamental de réfléchir aux valeurs de l’Occident, parce que l’action des ONG a également une dimension symbolique qui fait que l’humanitaire est la valeur suprême des sociétés développées. « Je pense qu’il est toujours possible de juger des actions à travers la notion de bien : nourrir des populations affamées est bien alors que donner une famille blanche à un enfant noir l’est incontestablement moins ».
S’agissant de l’image renvoyée par les ONG et de la manipulation des médias, elle note qu’il est dit que les organisations humanitaires sont objectives, parce qu’elles sont présentes sur le terrain. « Mais les ONG peuvent éprouver des conflits d’intérêts entre la nécessité de récolter des donations, de légitimer leur existence et de garder leurs amitiés avec les gouvernants. Donc, leurs informations ne sont pas toujours plus fiables que d’autres ».
Contre la tentation de légitimer l’adoption internationale dans des pays qui n’arrivent pas à nourrir ou à éduquer leurs enfants, elle fait remarquer que tous ces critères sont subjectifs. À quel taux de mortalité ou de scolarisation faut-il placer la limite ?
Elle ajoute d’ailleurs que le « droit-de-l’hommisation » des référents éloigne les droits de l’Homme de la légalité et décrédibilise cette légalité au nom des valeurs morales. Donc, l’action humanitaire porte en elle les germes du délire – avec notamment le mythe du héros – et donc de sa propre dérive. En conclusion, elle retient d’une part le refus d’accepter que la question du bien soit une vraie question, et d’autre part une « langue de bois » sur la question de la légalité qui aurait mérité un vrai débat.
Au sujet de la notion du bien, Frédéric TISSOT fait remarquer que, même si la question a été posée dans le monde humanitaire depuis longtemps, la population qui apprécie les ONG fonde encore largement son soutien sur cette notion.
, présidente de l’ONG HumaniTerra international : « Je suis contente d’avoir pu constater en Afghanistan que cette affaire n’a pas eu de répercussion sur le terrain »., responsable de l’adoption à Médecins du Monde : « MdM était en première ligne, parce que l’Arche de Zoé utilisait notre logo sur son site Internet, de sorte que certaines familles nous appelaient pour obtenir des renseignements. C’est ainsi que l’ONG s’est désolidarisée de l’opération, a entrepris des démarches judiciaires et a alerté les autorités en juin 2007 ». GANZ souhaite qu’en pareil cas, les familles des enfants enlevés se soient manifestées et que, grâce aux journalistes présents, et notamment à ceux de RFI, l’affaire soit ébruitée. Il admet toutefois que sa chaîne aurait eu du mal à contredire la version enjolivée qui aurait alors été servie par la majorité des médias.le progrès en termes de gouvernance avec une plus grande implication des conseils d’administration et des comités de donateurs dans les prises de décisions des organisations ;
l’amélioration de l’expertise sur les métiers qui a été l’axe le plus traité par les ONG ;
la réflexion sur la méthodologie qui n’en est aujourd’hui qu’à ses balbutiements dans l’humanitaire alors qu’elle est largement étudiée dans le monde de l’entreprise.
À défaut de réfléchir plus sérieusement sur la gouvernance et la méthodologie, le type de dérive illustré par l’affaire de l’Arche de Zoé se reproduira. Les dégâts sont souvent causés par le manque de prise en compte du fait que l’action humanitaire doit répondre aux besoins des personnes ».
, journaliste à l’AFP, rappelle l’historique de la couverture médiatique de l’opération. « L’AFP a d’abord reçu des mails de l’Arche de Zoé. Celle-ci était déjà connue en raison de dérives constatées lors du Tsunami de 2004 et de son interprétation de l’aide humanitaire voulant qu’il soit toujours bien d’emmener un enfant d’une famille pauvre. L’alerte a été donnée par des ONG et j’ai écrit des articles en mai et juin, mais ceux-ci ont été peu repris dans les médias. Cette inquiétude était motivée par une évidente méconnaissance et inexpérience du terrain et par la reprise de chiffres fantaisistes de l’organisation « Sauver le Darfour ». Le ministère des Affaires étrangères, abonné de l’AFP, a reçu ces informations et a rencontré des membres de l’association. : « l’affaire de l’Arche de Zoé pose des questions sur le fonctionnement des médias comme acteurs au sein de la société. En effet, lorsque les individus d’une société se contentent des médias et que ceux-ci les culpabilisent à outrance, il ne faut pas s’étonner que certaines personnes agissent comme les membres de l’Arche de Zoé. Donc, il y a bien une responsabilité des médias, mais pas uniquement. Sans journaliste dans l’opération, il n’aurait pas été possible de savoir par exemple que les bandages des enfants servaient à tromper les autorités locales ». fait remarquer que le désastre humanitaire s’est doublé d’un désastre médiatique que les journalistes n’osent pas admettre ouvertement. Il regrette l’existence de relations perverses et incestueuses entre le monde politique, médiatique et humanitaire en citant Le Monde qui fait état de la censure d’un reportage du journaliste de France 3 qui accompagnait l’association, parce qu’il aiderait l’accusation dans le procès en cours au Tchad. ayant travaillé au Tchad avec l’Arche de Zoé admet qu’une séparation est toujours traumatisante et indique que les abus ont été corrigés. Elle ajoute que les enfants retirés à leur famille s’épanouissent en famille d’accueil, parce que ce nouveau cadre leur apporte la sécurité que ne pouvaient pas assurer leurs parents. « Même si l’enquête de l’ONU n’a pas prouvé qu’un génocide ait lieu au Darfour, je pense qu’il ne faut pas attendre que les morts se multiplient pour intervenir, comme cela a été le cas au Rwanda. Le Soudan réduit en esclavage depuis des siècles la population noire du sud du pays. Human right watch fait souvent état de nombreuses exactions. Je remets en cause l’affirmation selon laquelle il n’y a pas d’orphelins en Afrique, parce que tous les proches ne sont pas systématiquement prêts à assumer la charge d’élever un enfant de plus. Le problème des enfants des rues illustre bien les défaillances de la solidarité familiale ». Bien qu’elle respecte les ONG, elle explique qu’une organisation comme MDM, qui apporte une aide précieuse dans les situations d’urgence, n’a pas vocation à demeurer à long terme dans un pays pour s’occuper des problèmes de santé publique dont devrait se charger le gouvernement local. Cela constitue selon elle une dérive grave, parce qu’elle déresponsabilise les gouvernants. « les actions des entreprises sont souvent plus efficaces que les ONG, ce qui peut entraîner une concurrence entre les deux approches dans certains domaines. : « les deux approches sont nécessaires, mais pas comparables ; chacune a des objectifs distincts. D’une part, l’Afrique a besoin d’investissements pour répondre au problème du chômage massif des jeunes qui fait grossir les rangs des rébellions armées. D’autre part, bien qu’indispensable, l’action humanitaire doit rester dans son rôle. Par ailleurs, il existe une forme d’aide humanitaire locale, principalement assurée par les églises qui sont parfois les seules à pallier les défaillances de l’État dans les régions reculées ». estime que cette façon de présenter le problème n’est pas la bonne, parce qu’elle constitue une forme de régression théologique. : « Je suis frappé en entendant les membres de l’Arche de Zoé se justifier en disant qu’ils faisaient le bien. En tant qu’ancien humanitaire, je trouve cette notion discutable et sujette à un changement de perception. Je m’interroge par ailleurs sur la mesure dans laquelle cette notion a changé durant les 20 dernières années et me demande si faire le bien ne revient pas à transposer une image de soi plutôt que de répondre aux aspirations de l’autre ». explique que l’action humanitaire cristallise les représentations qui circulent dans la société à un moment donné. « C’est ce qui explique l’usage de la notion générique de victime. Toutefois, la représentation précédente de l’Afrique est un tableau victimaire dans lequel les Africains subissent les coups de leurs gouvernants et des anciennes puissances coloniales. C’est ce type de représentation qui peut expliquer votre adhésion madame au projet de l’Arche de Zoé ». remarque que trois idées sont récurrentes dans les interventions précédentes : représentation, pédagogie et Afrique noire. Les Africains sont à un tournant dans leurs relations avec l’Occident. Le16e siècle a marqué le début du commerce triangulaire, suivi par la période coloniale et l’indépendance. La Guerre froide a empêché de faire aboutir les politiques de développement du Continent noir, or, depuis quelques années, des puissances émergentes proposent à l’Afrique une autre approche du développement, générant ainsi une diversité de l’offre de partenariat. Cette nouvelle voie ne doit pas dériver vers une paranoïa contre l’Occident, mais un tel courant existe à la fois chez les élites et dans la population, parce que les nouveaux partenaires ne conditionnent pas leur aide à l’adoption de valeurs relevant d’une vision universelle. Selon lui, la difficulté de réunir le sommet Europe Afrique au Portugal est l’illustration de l’état d’esprit des Africains envers les représentations de la société dont les Européens clament l’universalité et du contexte difficile dans lequel s’inscrit l’affaire de l’Arche de Zoé. Si certaines valeurs, dont la première est le droit à la vie, sont universelles et l’action des ONG dans ce domaine est bénéfique, il faut en revanche réviser d’autres notions, parmi lesquelles le bien, le mal ou l’orphelin, donc il y a un travail de pédagogie à faire pour relativiser toutes ces valeurs. La médiatisation de l’affaire aura au moins une utilité dans la mesure où elle amène les Occidentaux à plus de modestie, de sorte que les humanitaires ne deviennent pas de nouveaux missionnaires, mais répondent à des besoins précis sans imposer leur représentation du Monde. en conclut que la connaissance permet de mieux décider. Mais, elle se questionne plus précisément sur les référents de base de l’action humanitaire. Admettant qu’il peut y avoir une ignorance de la situation locale en amont des prises de décision, elle considère que le fait de ne pas se poser la question des savoirs locaux constitue déjà une prise de position sur des référents moraux universels, non structurés et applicables partout. met en avant le rapport du personnel local avec les ONG. Ces personnes, qui représentent souvent l’essentiel de l’effectif local d’une organisation, ont un « savoir caché » qui peut être occulté aux membres européens d’une ONG, notamment sur des questions ethniques. Ainsi, une ONG américaine a échoué dans sa lutte contre la pauvreté à Madagascar, parce que la totalité de l’effectif local de l’organisation était composée de membres de la caste dominante qui faisait en sorte d’exclure la caste des descendants d’esclaves, pourtant la plus pauvre de l’île. Il y a donc chez les personnels locaux d’une ONG des savoirs qu’il peut être utile de rechercher pour améliorer le travail humanitaire. s’intéresse au jugement porté sur les motivations de l’association et sur les critères d’évaluation de son action. Le critère de la légalité est très utilisé pour juger ces évènements. Elle s’est donc interrogée sur la légalité des actions humanitaires dans leur ensemble. Au nom des droits de l’Homme, celles-ci ne se sont-t-elles pas en marge de la légalité lorsque les ONG jugent illégitime la légalité instaurée par les États ou lorsqu’elles se prévalent de pouvoir outrepasser les règles sociales ou familiales en se basant sur des critères qui diffèrent d’une culture à l’autre ? Où se trouverait ainsi la frontière entre l’illégalité légitime, l’illégalité illégitime et la légalité illégitime et si la morale et l’immoralité peuvent remplacer la notion de légalité. rappelle que le débat n’est pas l’occasion de juger l’Arche de Zoé, mais de comprendre les faits et de procéder éventuellement à une critique de l’action humanitaire pour suggérer des améliorations aux ONG. introduit le débat sur la nécessité des actions humanitaires pour pallier les insuffisances des États africains dans les situations critiques où des populations sont en danger. Toutefois, l’Afrique ayant vocation à se développer la réponse aux problèmes doit être le développement et non l’aide humanitaire. ouvre la séance : « le débat, qui fait suite aux rencontres initiées par le CICR, tentera un approfondissement de la réflexion ». : :