Dreux se met à l’heure de la sobriété foncière

Dreux se met à l’heure de la sobriété foncière

Dreux (Eure-et-Loir)

De notre envoyée spéciale

«J’ai connu la descente aux enfers. » Gérard Sourisseau, président de l’agglomération du Pays de Dreux, goûte à ce qui ressemble à une renaissance de la ville d’Eure-et-Loir après qu’elle ait connu bien des turpitudes. Première ville à avoir donné, il y a tout juste quarante ans, un strapontin au Front national, plongée dans un climat alors délétère et délinquant, violemment sinistrée par une désindustrialisation massive, Dreux, commune parmi les plus pauvres de France, a longtemps végété.

C’est peut-être cette image souillée d’une époque révolue lui collant à la peau qui a donné à la ville, et aux communes avoisinantes, une énergie féroce pour remonter la pente. Elle a d’abord su profiter largement des grandes opérations de rénovation urbaine pour changer sa physionomie. Par milliers, des logements ont été détruits, reconstruits, réhabilités, dédensifiés, résidentialisés. Un vaste remodelage en voie d’achèvement dans les deux derniers quartiers concernés, celui des Bâtes à Dreux et celui de la Tabellionne à Vernouillet, commune de la même unité urbaine qui totalise 44 000 habitants.

Aujourd’hui, c’est toute l’agglomération du Pays de Dreux – 81 communes, 117 000 habitants – qui figure parmi les sept lauréats nationaux « territoires pilotes de sobriété foncière » du programme lancé en septembre 2020 pour développer des alternatives à l’étalement urbain et anticiper l’obligation de zéro artificialisation nette des terres fixée par la loi climat de 2021. « On veut faire de Dreux une vitrine, on croit à la nécessité de résorber nos friches industrielles et de ne plus consommer de terres agricoles », plaide Gérard Sourisseau. Le chantier entamé depuis plusieurs années bénéficie depuis d’un vrai accélérateur.

Car des friches, l’agglo en a à revendre depuis la fermeture des grandes usines : 48 sites, dont 23 à Dreux et Vernouillet, sur 92 hectares qui, lorsqu’on les regarde d’un œil neuf, offrent de gigantesques potentialités. « On réhabilite, mais ce n’est pas que pour densifier à tout prix, c’est aussi pour verdir », insiste Émilie Neveu, directrice aménagement du territoire et grands projets de l’agglo.

Ainsi à Saulnières, à une quinzaine de kilomètres de Dreux, quelques poteaux et éléments métalliques s’érigent en témoins du passé industriel. L’historique fonderie implantée au cœur du village de 600 habitants est devenue un parc de plusieurs hectares au bord de la Blaise, après dépollution des sols et transformation des plus beaux bâtiments en logements.

« On doit recenser tout le foncier invisible, voir ce qui est utilisable pour construire ou réhabiliter, ce qu’il faut renaturer, ce qu’il faut mettre en attente », explique ­Émilie Neveu. Dans cette démarche vertueuse, Dreux a enterré un projet de quartier tertiaire sur deux hectares qui s’étendent de chaque côté de la gare. « La monofonctionnalité n’est plus d’actualité, il est urgent de ne pas faire n’importe quoi sur cet emplacement stratégique. Dans l’attente d’un projet pertinent, on peut envisager des usages temporaires des terrains », plaide l’urbaniste.

Ailleurs, des chantiers avancent à grand train, comme sur le site de « la Radio ». Philips a fermé en 2006, quand les écrans cathodiques sont arrivés en fin de vie, laissant à l’entrée de Dreux « 11 hectares très bétonnés, 55 000 m2 de bâti et 20 km de chaînes de montage », rapporte Émilie Neveu. Les élus ont alors empêché l’installation d’une casse automobile.

Depuis, le patrimoine industriel remarquable a été en grande partie rénové et accueille une cinquantaine d’entreprises et start-up. Reste encore à prendre en charge d’immenses carcasses de bâtiments. « On va aussi désimperméabiliser ce site très minéral pour éviter le ruissellement et mieux gérer la biodiversité », ajoute l’urbaniste.

Du côté de Vernouillet, l’ancienne usine de composants électriques Gérard-Mang va, elle, se transformer en quartier « Spectaculaire », avec tiers-lieux culturels, logements, résidences d’artistes aux côtés de l’Atelier à spectacle, une grande salle de 950 places qui a pris place, de longue date, dans ce qui fut une usine de charpentes en bois lamellé-collé.

L’hypercentre de Dreux est aussi l’objet d’une intense reconquête. Charles Babillot, directeur du commerce de la ville, admire le Dôme, ce majestueux bâtiment du XIXe siècle longtemps abandonné, transformé en maison de l’emploi, espace de travail partagé, médialab pour la production audiovisuelle, etc. Et il pointe tous les commerces qui ont ouvert dans les rues autour du beffroi : ici une poissonnerie, là une supérette, ailleurs plusieurs restaurants, une boutique de décoration, bientôt un primeur, en sus du marché quotidien sous la halle, etc.

« On a remonté la pente grâce à l’Action cœur de ville », explique-t-il, évoquant le plan national lancé en 2018 pour revitaliser les centres des villes moyennes. « On commence à endiguer la concurrence des deux centres commerciaux qui sont aux abords de la ville !, se réjouit-il. Depuis deux ans, on a un solde positif de + 27 commerces en 2021 et + 18 en 2022 ; le taux de vacance, qui était de près de 16 % il y a six ans, est tombé à 6,8 %, et on vise les 4 %. » Le résultat d’un travail de fourmi pour faire revivre le centre et ses historiques maisons à colombages surplombées par la chapelle royale Saint-Louis, nécropole de la famille d’Orléans.

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